
Les sculptures en pierre sont miroirs de l’âme.
Leur surface, ce mur contre lequel vient frapper l’imaginaire, libère sous les entailles l’éclat d’une émotion nouvelle. La nature de l’œuvre est sensorielle.
Travail sans ébauches, spontané, libre, la taille directe est ici entièrement réalisée à la main. Elle est l’aboutissement d’une relation, celle du sculpteur avec la pierre.
Regard détaché, il refuse toute vision achevée, préserve le doute.
Pressentir le lien profond entre les formes annonce la métamorphose.
Le corps, récepteur de l’intelligence du geste, capte la force créatrice en devenir.
Ce que l’on retire au premier regard, c’est la ligne extérieure.
Taillée dans la pierre, la courbe suit le chemin des énergies contenues dans le bloc, mémoires élémentaires du mouvement des sols.
De chaque étape émerge une figure ouverte, une forme intermédiaire.
Lorsque le temps nourrit l’œuvre, la mémoire de la globalité des mouvements s’inscrit dans l’atelier, espace où se déconstruit la matière, bulle où le temps prescrit des règles uniques de lumière et de sons.
« Le geste, une pulsation accélérant le rythme du cœur.
Les deux se rejoignent, puis le geste se tait,
Abandonnant le cœur à son galop solitaire
Au terme d’une exacte profondeur. »
Rythmique alternative : entre le temps de l’outil et celui de la main résonne la pulsation de la vie. Les coups portent la cadence d’un ballet primitif où le corps-outil se plie aux exigences de la main. Martèlements de la matière et de l’ossature en retour libèrent une énergie fondatrice. De la répétition à la méditation, dans la musicalité du regard, l’ébauche de l’œuvre devient symbole d’espoir. Par le geste, le rythme de la vie installe son rayonnement dans la pierre.
Structure vivante aux racines cervicales, mystérieux parfum de l’enfance, dans sa confrontation avec le monde chaque sculpture recèle une vie à part entière. La densité de notre existence y fait écho. La sculpture concentre les forces rendues visibles et s’offre ainsi à tous les regards. Ni représentation ni figuration, l’abstraction qui rejoint la nature ne recherche donc pas une forme originale mais plutôt le courant lui permettant de prendre corps.
L’important, c’est l’action répétée, le maintien dans la certitude de l’enjeu. Sitôt remise à l’œuvre, la main retrouve la mémoire du geste, l’œil celle des émotions. De nouveau l’expérience s’engage dans une recherche tactile de l’éternité du mouvement.
Pascal François 2010